Entretien : Véhicules non conformes

Entretien : Véhicules non conformes
Ex-directeur principal des services techniques de CAA-Québec, Pierre Beaudoin a été président de la Table de concertation sur l'environnement et les véhicules routiers de 2005 à 2011. pbeaudoin@ccapcable.com

En janvier, à la brunante, j’ai failli être heurté par une camionnette tous feux éteints que je n’ai pas pu voir.

Il vous est sans doute arrivé de connaître ce genre de situation qui devrait être très rare, mais qui, de toute évidence, est beaucoup trop courante.

Cette mauvaise surprise m’a totalement convaincu de l’à-propos d’ajouter un autre volet à ce j’avais signé l’automne dernier au sujet des véhicules non conformes au Code de la sécurité routière.

Vos courriels me signalant d’ailleurs d’autres cas que je ne pouvais alors présenter faute d’espace – malgré les deux bonnes pages dont je disposais –, ils m’ont aussi amené à en traiter de nouveau.

À mes propres constats s’ajoutent donc les vôtres que voici, et dont je vous remercie de m’avoir fait part.

Feux de jour non allumés

Si le véhicule a été construit après 1989, cette non-conformité dont je ne pouvais m’imaginer l’ampleur – soulignée par un garagiste – constitue une infraction.

Depuis cette date, tous les véhicules, selon l’article 212 du Code de la sécurité routière, doivent être munis d’un système de feux de jour automatique et fonctionnel.

Si vous ouvrez l’oeil comme vous le devez, vous pourriez être étonnés par le nombre de feux de jour inopérants que comptent les véhicules de vos clients.

J’ai d’ailleurs été renversé de remarquer dans certains forums combien d’automobilistes cherchent diverses façons d’empêcher ces feux sécuritaires de fonctionner.

Il est inconcevable que des automobilistes ne soient pas conscients que le fait d’être visibles sauve des centaines de vies, puisqu’ils sont indispensables pour évaluer les distances et éviter les collisions.

Je suis sûr que beaucoup de clients pourraient vous témoigner que c’est grâce au fait qu’ils ont toujours roulé feux et phares allumés qu’ils n’ont jamais eu d’accident frontal.

Pare-brise teinté

Mieux on voit, plus on y gagne en sécurité ; d’où le fait que le pare-brise doive permettre de voir parfaitement bien.

C’est évidemment la raison pour laquelle l’article 265 n’autorise que la pose d’une bande assombrissante d’une largeur maximale de 15 cm – ou 6 po – sur la partie supérieure du pare-brise.

Comme tout ce qui diminue le passage de la lumière est illégal, il est interdit d’appliquer sur son ensemble la moindre pellicule, aussi claire ou légèrement teintée qu’elle soit.

Malheureusement, l’absence évidente d’information et de contrôle, ajoutée à la forte tendance du teintage accru des glaces, amène des automobilistes à faire appliquer une pellicule sur le pare-brise.

Pourtant, on devrait savoir qu’il est tout aussi interdit d’avoir un pare-brise craquelé dont la résistance est insuffisante à la retenue des coussins gonflables, qu’un pare-brise usé au point d’éblouir même en plein jour.

Ampoules interdites
Il est interdit de remplacer les ampoules halogènes ou au xénon par des DHI ou des DEL, si celles-ci ne sont pas compatibles avec le bloc optique d’origine. La lumière produite par les ampoules de remplacement doit par ailleurs être blanche, puisque le Code de la sécurité routière ne permet aucune autre couleur, même s’il se vend des ampoules bleues.

Avant de modifier les phares ou leur éclairage, la prudence est de mise.

Camionnettes modifiées
Plusieurs propriétaires de camionnettes et de VUS 4×4 améliorent le rendement de leur véhicule par des roues surdimensionnées, une voie plus large et une garde au sol surélevée.

En considérant que la surélévation d’un véhicule peut en influencer le confort, mais surtout la stabilité et la capacité de freinage, de telles modifications doivent être approuvées avant d’être effectuées.

Pour avoir croisé sur ma route de nombreux véhicules utilitaires dont la surélévation est exagérée, je me questionne personnellement sur les risques additionnels qu’ils représentent. En cas de collision, il faut être sûr que leurs pare-chocs soient au même niveau que ceux des autres véhicules, tant à l’arrière qu’à l’avant.

Quant à la surélévation pneumatique, elle doit être au plus de 3,8 cm – ou 1,5 po –, tandis que l’ensemble de la surélévation mécanique créée par la suspension ou des cales ne peut dépasser 6,4 cm – ou 2,5 po.

Un véhicule ne peut être modifié ou surélevé sans l’autorisation préalable du Service de l’ingénierie de la SAAQ, qui émet par la suite le certificat de conformité qui en permet l’usage.

À ce sujet, je vous conseille de consulter le guide « Modifier son véhicule » publié par la Société de l’assurance automobile du Québec.

Avertissements
Bien qu’on doive être averti de tous ces cas de véhicules dont les propriétaires ignorent probablement qu’ils sont non conformes, c’est avant tout aux feux de jour qu’on doit accorder une priorité absolue.

N’hésitez pas à signaler toute infraction à vos clients, en vous appuyant notamment sur les articles que contient le Guide de vérification mécanique 2016 de la SAAQ. Il s’agit non pas de se substituer à la police, mais de les sensibiliser aux risques que présente en matière de sécurité toute dérogation au Code de la sécurité routière.

Plaque d’immatriculation
L’article 32 du Code de la sécurité routière stipule qu’une plaque d’immatriculation doit être libre de tout objet ou de toute matière pouvant en empêcher la lecture.

Comme moi, vous avez sûrement vu plusieurs véhicules dont la plaque est rendue partiellement illisible par un cadre, ou non photographiable en raison d’une pellicule réfléchissante.

L’un et l’autre cas, dont l’obstruction de l’identification du Québec, constituent une infraction au Code de la sécurité routière.

Paratagez-le !