Dollar canadien : Turbulences monétaires

Dollar canadien : Turbulences monétaires
Brian Murphy est vice-président au contenu et à la recherche pour le Canadian Black Book. (Photo : Canadian Black Book)

Une hausse des taux d’intérêt se traduira par une remontée du dollar, ce qui sera néfaste pour les affaires.

En juillet dernier, Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada, faisait les manchettes en annonçant un rehaussement du taux directeur de 0,25 %, le premier en sept ans. À l’heure actuelle, les bonnes performances économiques alimentent les rumeurs faisant état d’une autre augmentation à l’automne 2017.

Comment cette hausse des taux d’intérêt, et celles qui suivront peut-être, affectera-t-elle l’industrie automobile au Canada, à mi-chemin vers une année record pour les ventes d’automobiles ? La plupart des acheteurs de véhicules neufs présument qu’ils devront assumer ce relèvement de taux, mais il est peu probable à court terme qu’il en soit ainsi.

Le plus souvent, la hausse est absorbée par les budgets des constructeurs consacrés aux mesures incitatives pour l’achat de véhicules neufs afin qu’ils puissent continuer d’afficher des taux de 0 % à 1,9 %. Les constructeurs vont vraisemblablement assumer les coûts d’emprunt en ajustant d’autres programmes, ce qui réduira les incitatifs en argent. Pour mettre les choses en perspective, une augmentation de 0,25 % sur un prêt automobile de 40 000 $ représente seulement 100 $ en intérêts supplémentaires annuellement.

Ceci étant dit, si les taux continuent de grimper, les constructeurs devront à un certain moment répercuter ces coûts sur les consommateurs, ce qui fera augmenter les mensualités, toute chose étant égale par ailleurs.

Un dollar canadien fort

Une majoration de taux a des répercussions immédiates sur la force du dollar canadien (comparativement au dollar américain) et des effets sur l’industrie automobile. Elle accroît généralement la valeur de la devise, et cette valeur ajoutée soulève des inquiétudes tant sur le marché des véhicules neufs que sur celui d’occasion au Canada.

Le huard a gagné 0.08 $ entre le début du mois de mai et la fin juillet, ce qui représente une hausse significative. Ceci pourrait éventuellement ralentir les ventes de véhicules neufs et faire chuter le prix des véhicules d’occasion au Canada, à partir de leurs niveaux records.

La valeur du dollar étant en baisse depuis 2013, l’intérêt des Américains pour nos véhicules d’occasion s’est accru. Selon les sources, jusqu’à 200 000 véhicules ont été exportés vers les É.-U. chaque année. Les acheteurs américains ou les exportateurs canadiens ont pleinement profité de la faiblesse du dollar canadien en expédiant des véhicules de l’autre côté de la frontière pour les vendre aux É.-U. à un prix plus élevé. Cette demande d’exportation a fait grimper le prix des voitures d’occasion au pays.

Par conséquent, les concessionnaires désirant profiter de ce marché libèrent les consommateurs canadiens de leur prêt ou contrat de location en rachetant leur véhicule et les font rouler dans un véhicule neuf, souvent pour une mensualité comparable ou inférieure. Ce « devancement de la demande » contribue à générer des niveaux records de ventes de véhicules neufs. Ce phénomène est probablement attribuable à la hausse du prix des véhicules d’occasion, qui place le consommateur dans une position d’équité positive (la valeur du véhicule étant supérieure à ce qui leur reste à payer) plus tôt.

Pressions du marché américain

Étant donné qu’aux É.-U., le nombre de véhicules provenant de retours de location s’élève déjà à 500 000 unités de plus que les années précédentes, le prix des véhicules d’occasion chute. L’indice de prix du Black Book (É.-U.) affiche un recul significatif de 10 % depuis l’année dernière.

Le marché américain se prépare donc à une baisse majeure du prix des véhicules d’occasion. La vigueur du dollar canadien faisant grimper les coûts d’acquisition, la demande pour les véhicules en provenance du Canada sera moins forte au sud de la frontière.

Sous peu, cette situation rendra peu attrayant l’achat de stocks canadiens en si grande quantité. Au Canada, l’impact sur l’industrie automobile se fera sentir par un ralentissement des activités de « rachat », puisqu’il ne sera plus économiquement judicieux d’inciter autant de consommateurs à remplacer leur véhicule plus tôt, leur valeur marchande n’étant plus aussi élevée. Canadian Black Book situe à environ 0,85 $ le point de basculement pouvant réduire de façon significative les exportations vers les É.-U.

Lorsque je compare nos données sur les prix de gros à celles des années précédentes, elles sont assez stables en juillet et n’indiquent aucun déclin. L’absence de hausse de prix est notable en elle-même, puisque le prix des camions et des VUS a augmenté d’environ 4 % par année au cours des trois dernières années.

D’un point de vue positif, les acheteurs canadiens et les concessionnaires de véhicules d’occasion bénéficieront de meilleures offres comparativement aux dernières années. Malheureusement, c’est peut-être la fin des exportations et des ventes de véhicules aux É.-U. à tout le moins, jusqu’à ce que le cours du dollar reprenne le chemin inverse et que tout recommence !

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