Prix des véhicules d’occasion : Faire fi des rumeurs

Prix des véhicules d’occasion
Prix des véhicules d’occasion appelé à se stabiliser (Photo : Scotiabank Economics, BLS, Bloomberg)

Le prix des véhicules d’occasion n’est peut-être pas aussi critique que ce que certains affirment.

Presque chaque véhicule neuf reviendra un jour ou l’autre sur le marché comme véhicule d’occasion. Ce constat en inquiète plusieurs, car la baisse des prix des véhicules d’occasion aux États-Unis laisse présager une tendance à la baisse en matière de demande.

Bien que les prix des véhicules d’occasion aient effectivement diminué, nous ne croyons pas qu’il s’agisse d’un enjeu de taille. En effet, cette situation est survenue lors de chaque cycle observé au cours des 40 dernières années. Ceci indique une hausse de l’offre dans le marché des véhicules usagés, mais une chute des prix n’est pas nécessairement synonyme d’une baisse de la demande.

Cette information émane d’un rapport stipulant que la plus grande entreprise de location de véhicules aux États-Unis avait connu un ralentissement beaucoup plus marqué que prévu, en raison de la baisse des valeurs résiduelles. En combinant ce constat au nombre élevé de véhicules en fin de location, plusieurs craignent que la pression exercée sur les prix continue de s’intensifier pour mener à un ralentissement cyclique.

Le cœur de la tempête

Nous croyons plutôt être au cœur d’une petite tempête dans l’industrie des véhicules d’occasion. Nous considérons que la croissance du nombre de retours de location a atteint son maximum et que le rythme auquel les véhicules d’occasion arrivent sur le marché va ralentir. La location a connu une augmentation marquée en 2013 et 2014, mais cette croissance a depuis ralenti de façon significative.

En 2012, la location comptait pour 22 % des parts du marché automobile américain, pour ensuite passer à 27 % fin 2014. Cela représente une augmentation moyenne de 2,5 % en 2013 et 2014, ce qui double la moyenne des quinze dernières années. Durant cette période, le nombre de véhicules loués a bondi de 1,5 million d’unités chez nos voisins du Sud, ou environ 60 % de plus que l’avance connue au cours des deux années précédentes.

Ces véhicules sont maintenant de retour sur le marché, générant une hausse de 30 % dans les retours de location. C’est ce qui crée la peur des prix que nous observons actuellement.

La modération est la clé

Bien que les locations aient continué d’augmenter, le rythme a diminué à moins de 400 000 véhicules l’an dernier, ce qui constitue près de la moitié de l’avance connue il y a quelques années. Cette modération fera ralentir la croissance des retours de location, ce qui créera moins de pression sur les prix des véhicules d’occasion.

Le message que l’on doit retenir de cette situation? Bien que les prix des véhicules d’occasion soient plus bas qu’à l’habitude, l’activité économique aux États-Unis et au Canada est quant à elle de plus en plus forte.

Il est important de garder en tête que les cycles automobiles ont toujours pris fin en conjonction avec d’autres facteurs, tels que la détérioration du marché du travail ou la baisse des revenus des ménages. Ces facteurs ne sont pas observés actuellement. Le marché du travail américain demeure fort et les salaires sont en hausse, tandis que la croissance moyenne des revenus des ménages est plus élevée que la moyenne. De plus, les taux d’intérêt et les conditions de crédit sont favorables, ce qui n’est pas compatible avec une pointe dans le marché automobile.

Également, il ne faut pas oublier que le taux de remplacement des véhicules est historiquement bas. Plus de la moitié des ménages américains ont acheté un véhicule neuf ou d’occasion chaque année entre 1986 et 2006. Depuis, le taux d’achat de véhicules a baissé à 44 %. À 11,6 ans, la moyenne d’âge des véhicules américains est donc plus élevée que jamais. La croissance économique que nous observons, combinée à l’âge de ces véhicules, nous porte à croire que les consommateurs risquent de continuer de remplacer leurs véhicules, ce qui va à l’encontre d’un quelconque revirement majeur dans le cycle automobile.

Meilleures conditions économiques

Il est important de garder un œil sur le taux de remplacement et les ventes d’automobiles au sud de la frontière, car, comme le dit l’adage : lorsque les États-Unis éternuent, le Canada attrape le rhume. Les ventes mondiales ont légèrement diminué en avril, mais nous croyons que cette baisse peut s’expliquer par une Pâque tardive et la réduction de journée d’affaires reliée à cette fête. Une fois ce temps de l’année derrière nous, les conditions économiques positives que nous connaissons sont de bon augure pour l’avenir.

Au Canada, le prix des véhicules d’occasion a aussi diminué légèrement, bien que cette baisse ne soit pas aussi marquée qu’en sol américain. Les retours de location ont augmenté d’environ 30 % depuis l’année dernière, ce qui génère un peu de pression sur les prix. Mais ces chiffres devraient se stabiliser durant le reste de 2017 et en 2018, pour atteindre la moitié du rythme observé aux États-Unis actuellement.

Le message que l’on doit retenir de cette situation? Bien que les prix des véhicules d’occasion soient plus bas qu’à l’habitude, l’activité économique aux États-Unis et au Canada est quant à elle de plus en plus forte. L’an dernier, la croissance du PIB canadien était plutôt faible (1,5 %), mais les prédictions sont de 2,5 % pour cette année, ce qui risque de surpasser les attentes du côté des États-Unis.

Nous n’avons jamais connu un sommet de cycle automobile qui n’était pas accompagné d’une détérioration de la situation économique, et ce n’est pas la situation que nous connaissons actuellement. Le taux annualisé des ventes demeure au-delà du record de l’année dernière, et nous pouvons compter sur le regain économique des provinces de l’Ouest canadien. Lorsqu’il est question de prix et de sommets, il faut parfois faire fi des rumeurs.

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