Prévisions économiques: tempête en vue

Brian Murphy, vice-président au contenu et à la recherche pour le Canadian Black Book (Source de la photo: Canadian Black Book)

Inutile de paniquer, mais sachez qu’il faudra accorder un peu plus d’attention à la valeur résiduelle des véhicules usagés.

L’industrie automobile a eu la vie belle ces dernières années. Au Canada, les ventes de voitures neuves ont atteint des sommets en 2015. Elles ont entamé 2016 en force avant de ralentir en fin d’année. Nous dirigeons-nous vers un nouveau sommet historique ? Si c’est le cas, je crois que ce sera par la peau des dents.
Les ventes de véhicules usagés ont aussi battu des records. Selon Statistique Canada, le pic a été atteint en février dernier. Les valeurs de revente se sont maintenues, surtout dans le marché des camionnettes, dont la valeur de revente après quatre ans représentait 57 % du prix initial, une donnée impressionnante.
Retour aux bases
Après une telle introduction, vous vous attendez sans doute à un « mais ». Rappelons d’abord un principe économique fondamental : la loi de l’offre et de la demande.
Le Canadian Black Book évalue les prix des véhicules usagés en étudiant l’offre et la demande en parallèle avec la dépréciation. Quand l’offre d’un produit est plus grande que la demande, sa valeur baisse. Si une denrée se fait rare ou si les consommateurs se l’arrachent, son prix augmente.
L’industrie automobile d’aujourd’hui comporte ses propres facteurs de risque. Or, je crois que ceux-ci pousseront les prix des véhicules usagés vers le bas pendant encore deux ou trois ans. Cette correction pourrait être de l’ordre de 10 à 15 pour cent, selon le segment.
Véhicules en fin de bail
Les véhicules en fin de bail n’ont cessé de gagner en popularité depuis le crash de 2008. Selon J. D. Power, ils représentent près de 26 % des ventes, soit deux fois plus qu’en 2010. Habituellement, c’est une assez bonne nouvelle pour le marché de l’usagé, puisque ces véhicules sont de bonne qualité.
Cependant, le nombre de ces véhicules sur le marché augmente plus rapidement que la demande, et il pourrait encore grimper de 60 % d’ici 2020. En conséquence, il est logique de s’attendre à une chute des prix, conformément à la loi de l’offre et de la demande. Brian Murphy, vice-président au contenu et à la recherche pour le Canadian Black Book

Cette réalité sera encore plus criante pendant les prochaines années au sud de la frontière, où les locateurs ajouteront chaque année près de 800 000 véhicules à l’offre. Cet apport dans le marché fera chuter les prix et freinera les exportations de véhicules usagés vers les États-Unis, qui maintenaient les prix chez nous.
Effets du taux de change
Le taux de change entre les dollars canadien et américain jouera aussi un rôle important dans la suite des évènements. La faiblesse du huard fait paraître nos prix attrayants dans les encans américains, et il est courant qu’un marchand américain puisse augmenter son profit de 4000 $ à la vente d’une camionnette achetée au Canada. Il est difficile de prévoir l’évolution de la valeur du huard, mais si elle dépasse les 85 ¢ US, les véhicules canadiens perdront de leur intérêt, et ils sortiront de nos encans à moindre prix.
L’état des choses chez nos voisins a d’autres conséquences. En effet, la tendance actuelle de prolonger les termes des prêts autos jusqu’à 84 et 96 mois place bien des consommateurs dans une situation d’équité négative, c’est-à-dire que l’emprunteur se retrouve avec une dette supérieure à la valeur résiduelle de son véhicule.
Au moment où les taux d’intérêt remonteront, certains consommateurs auront du mal à s’offrir un nouveau véhicule, d’autant plus que, comme l’a révélé Statistique Canada, la dette des ménages a atteint des sommets à 160 % du revenu annuel. On pourrait donc voir la demande pour les voitures usagées diminuer si les consommateurs retardent leurs achats ou choisissent des véhicules moins chers.
Prudence, prudence
Où cela nous mène-t-il ? Disons d’abord que ceux qui doivent gérer le risque associé à la valeur de revente devront le faire avec plus de prudence. Aucune hausse de prix en vue d’ici 24 à 36 mois ; ce ne sera pas un marché propice aux vendeurs. On pourrait même assister à une baisse des prix de l’ordre de 10 à 15 %, voire plus, dans les trois prochaines années.
Si vous êtes une entreprise de location, assurez-vous de varier les sources que vous consultez pour obtenir des prévisions sur la valeur de revente des véhicules.
À l’approche des temps troubles, il est encore plus important de se doter d’un plan de marketing pour les véhicules en fin de bail. Les constructeurs auraient aussi avantage à se procurer un bon programme de certification pour leurs véhicules usagés (et de fonds pour le soutenir), car c’est un des meilleurs moyens d’écouler les véhicules à l’encan.
Les responsables des programmes d’incitatifs à l’achat d’un véhicule neuf devront s’attendre à voir leur pouvoir d’achat diminuer avec un même budget. La location perdra de son attrait à cause de la diminution des valeurs de revente et de l’augmentation des coûts, et cela poussera les consommateurs à recourir au financement.
Mais tout n’est pas sombre, puisque plusieurs indicateurs économiques restent forts. Ne nous décourageons pas. Il demeure que le prix et la valeur résiduelle des véhicules usagés suivent une dynamique particulière. L’importance de la chute dépendra de l’interaction entre les différents facteurs. Et rappelez-vous que tout dépend de l’offre et de la demande.

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